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January 29, 2005
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Angeline
L'amour devant la mer
Angéline et les Récits de la Maison des Morts
Gottfried Helnwein mettait des photos géantes de foetus avortés ou morts dans les églises, c'était sublime, tout à fait moi ce genre d'entreprise. Tu me dis que j'ai eu tort de coucher avec cette fille, même si les choses étaient claires et que "nous sommes adultes quand même". J'en doute fort parfois, chez les autres comme chez moi. Je vois tes mains, aujourd'hui elles ne font plus rien, je les trouve classiques. Ton visage. Tes yeux. Je me dis : pourquoi je m'étais emportée pour lui dans mon coeur, nous étions faits pour être amis. C'est dommage d'avoir gâché cette amitié par un amour trop beau pour être vrai. Les belles gens condamnent toujours.
Posté par Angeline à 01:28
Je suis allée voir Jean, on a mangé ensemble à midi. J'avais le vague sentiment que tout irait bien. Il avait l'air fatigué, on s'est fait la bise, très classe, comme si nous n'avions jamais aimé nous embrasser avec fougue. Comme s'il n'avait jamais léché mon visage entier pendant l'amour. Tout ça appartient à un autre temps qui a été si bien qu'il ne sera plus. De toute façon. Je n'aurai pas l'audace de vouloir me tendre un miroir à moi-même je compte sur vous. En même temps ça m'est égale d'être lue autant tous les jours : en même temps je sais. Je sais que ce n'est pas ce qu'il faudrait dire ce que je dis. Que je ne suis pas celle que vous connaissez, que vous voyez le pire de moi. Mais si bien sûr que c'est exactement ce qu'il faut dire ce que je dis. Facettes a la pudeur d'effacer les textes qui lui font du bien, elle poste autre chose, de moins impudique c'est comme ça. Moi je n'ai pas ce courage. D'effacer ce qui est dit. Ce qui est dit est dit. Prenez un tueur. Il ne peut pas revenir en arrière. Il vous a volé les gens à qui vous teniez. Et bien il y a des gens qui font rire comme Amélie Nothomb lorsqu'ils écrivent, il y a des gens qui font chier lorsqu'ils écrivent comme Philippe Sollers, il y a d'autres gens qui assassinent lorsqu'ils écrivent comme moi. Je ne sais pas pourquoi moi qui suis un ange j'assassine autant. Peut-être que subir deux viols et de la violence physique ça m'a niqué le cerveau. Jean avait des disques, il adore Patricia Kaas, Marc Lavoine, Calogero, tout ce que je ne supporte pas. On a discuté comme de vieux amis de toujours, c'était étrange, parce qu'il n'y avait plus de tension. Il ne m'aime plus, il aime l'image du passé qui est restée dans sa tête peut-être pour toujours. Il a une autre vie, sa vie et moi la mienne. Je lui ai dit ce que j'avais fait. Ce que je n'aurais pas dû faire mais c'est fait. C'est fait. Je ne regrette pas. C'était bien. C'était bon. D'aimer quelqu'un même si ce n'est pas la mienne. Je pense qu'il devrait y avoir plus d'homosexuels. A un repas de chasseur, Mathilde une ex-amie était immobile, les chasseurs festoyaient chaleureusement : chopines, bières, et blagues homophobes pas drôles du style : les homosexuels sont très propres très soignés. Ahahah. Jean mangeait les pennes qu'il avait faite en me parlant de ses problèmes de dos, la sauce tomate pas loin, son chiot qui était chez le vétérinaire : avec Marc il a voulu prendre un chiot. Marc est gentil. D'après lui. Je ne ressentais rien face à lui mais c'était à lui que je pouvais confier mon expérience. Il ne vient plus lire ici, il m'a dit : je suis désolé ça me ferait trop de mal. De t'entendre me ridiculiser. Je lui ai dit que je ne l'avais pas fait contre lui mais pour moi. Que les gens font toujours les choses pour eux-mêmes, sauf moi j'ai tout fait contre moi. Il fallait bien que je fasse quelque chose de bien pour moi. En écrivant on a le droit d'insulter quelqu'un. Je pense. J'ai le droit de dire qu'à Auschwitz ils auraient dû finir le travail, qu'on est envahi par les Juifs. Voir mon psy qui est sexy avec son visage Juif. Mais est-ce que je le pense vraiment ? Patricia Kaas chantait en live L'amour devant la mer, encore une chose que j'ai faite : mon beau Paolo. Jean me servait, il m'a servi un verre de vin, je n'aime pas le vin tu le sais Jean, mais c'est avec plaisir que j'accepte parce que : il y a de la poésie dans ce qui nous arrive : on ne ressent plus de douleur, nous ne sommes pas amis mais liés pour longtemps encore. Par une sorte de magie étrange. Et chatoyante. Je plaisante mais c'est vrai nous sommes liés. Il n'y a pas plus belle poésie Jean que de te voir me cuisiner des pennes à la sauce tomate, dans ta cuisine minable de garagiste, en t'écoutant parler de l'enterrement de ton ami, de sa famille, de ton dos, de ton boulot, de tes problèmes de fric. Le fric. Tu as des posters de femmes aux seins nus sur les murs pour faire taire les rumeurs des belles gens qui n'aiment pas les pédés, l'humanité est condamnée. Bien sûr. Ils sont tous dans la haine, tu le sais, les homos aussi d'ailleurs, bien sûr pas tous. Je te trouve bien, avec ta mine cassée, mais je te trouve reposée. Tu aimes cet homme et je trouve que tu es beau dans cet amour, il te va bien et je suis contente que nous sommes capables d'oublier notre enfant qui n'était que pensée et qui restera que pensée. Gottfried Helnwein mettait des photos géantes de foetus avortés ou morts dans les églises, c'était sublime, tout à fait moi ce genre d'entreprise. Tu me dis que j'ai eu tort de coucher avec cette fille, même si les choses étaient claires et que "nous sommes adultes quand même". J'en doute fort parfois, chez les autres comme chez moi. Je vois tes mains, aujourd'hui elles ne font plus rien, je les trouve classiques. Ton visage. Tes yeux. Je me dis : pourquoi je m'étais emportée pour lui dans mon coeur, nous étions faits pour être amis. C'est dommage d'avoir gâché cette amitié par un amour trop beau pour être vrai. Les belles gens condamnent toujours. Ils sont sur un piedestal qui prend l'eau de partout. Ils ont peur de tout. Ils protègent tout. Ils vendraient leurs enfants pour leur réputation ou contre-réputation. Et ce bonheur simple d'être en amie devant toi, on a mangé ensemble et c'était bien de ne plus t'aimer d'amour mais fraternellement. Je suis redescendue sur terre. Si on veut. Je suis allée faire un petit voyage au pays de ton monde Jean, de ton monde de pédés et de lesbiennes, et j'ai vu ce que tu vivais avec un homme, moi et une femme. L'amour lesbien était peut-être pour moi mais maintenant il n'y a plus de doutes possible : un homme un jour sera ma moitié. Et on fera des projets, je ne lui parlerai pas d'enfants (ils sont un peu trouillards souvent sauf ceux qui ne le sont pas bien sûr et leurs couilles ne leur servent à rien), il viendra peut-être avec un cheval blanc, celui que j'attends, correct et ses sabots comme une douce musique. L'amour devant la mer. Tu sais ce qu'on a refait Jean en mangeant, en parlant ? On a refait In the Mood For Love. La femme et l'homme lorsqu'ils mangent, et bien on a l'impression qu'ils font l'amour, comme pour répondre à la tromperie de leurs conjoints respéctifs. Des gens qui mangent c'est hideux, voir dans la vie, mais là, comme c'est sensuel et beau. On a fait pareil, avec moins de classe, je n'avais pas les belles robes de Maggie Cheung, mais elles feraient le même effet sur moi. Oui. Et toi tu passerais à côté de moi comme ça, en montant l'escalier. Tristement. On a mangé pour oublier de faire l'amour, dans ce garage qui a vu notre jouissance commune Jean. C'était glacial. J'aime la glace.




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