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January 30, 2005
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Angéline
Je me souviens...
J'ai eu un professeur qui s'est suicidé. Des années après cette année de quatrième où son corps d'étalon me faisait de l'effet. Il s'est tué en voiture, il a foncé contre un arbre, il est mort, il avait fait une lettre. Ce n'était pas la première fois qu'il tentait de mettre fin à ses jours. Il avait une femme et un enfant.
Untitled
polaroid, 1987, 70 x 52 cm / 27 x 20''
Peu avant sa mort, il y avait eu des rumeurs. Sur lui et une élève, qu'ils couchaient ensemble. C'était bien possible, il avait l'oeil humide lorsqu'il regardait une gamine cet homme. Ce que ça m'a fait en l'apprenant ? De la peine pour sa famille, pour lui c'est mieux sûrement, il ne souffre plus. C'est mieux d'avoir choisi la mort. Tu t'es perdu, Frédéric, tant mieux. Marina a pleuré dans la salle. Cette superbe pétasse. Un autre prof en apprenant la nouvelle s'est mis à pleurer. Un prof d'Espagnol. Un gros connard. Un connard avec des gestes. Une gestuelle bancale. Elle était très studieuse à l'école, mais elle ne voulait pas apprendre. Moi. Elle ne voulait pas. Elle trouvait que l'école n'était pas une bonne influence pour un jeune. Qu'elle apprenait les racismes, les injustices comme si c'était des choses normales. Ensuite on a envie d'apprendre et de bien travailler pour ensuite avoir un bon diplôme et faire un beau métier. Pour en arriver à des discours ahuris de babas cyniques : les femmes et les hommes se complètent (finalement), entre parenthèses. Daniel a un humour que je préfère. Il continue avec ses commentaires...réalistes. C'est touchant mais je ne voudrais pas lui faire de peine. Ce n'est plus Auschwitz qui le fait chier, ni même cette contrôleuse violée, mais les victimes du Tsunami et aussi les pièces jaunes. Je ne donne pas aux pièces jaunes, ça m'est arrivé, mais je ne donne plus. Bernadette Chirac elle ne me semble pas très sympathique et puis à ce qu'on dit on demande toujours de l'argent, partout, tout le temps, pour ceux qui souffrent. On prend trop de moi j'ai remarqué. Je donne de moi trop souvent et ici aussi, résultat : on répond qu'à mes posts secondaires, pas à ceux qui sont biens. D'ailleurs je devrais pas laisser publier les messages des gens directement quant ils en laissent mais je n'aime pas la censure, et pour moi c'est de la censure. A l'école elle a appris à : se droguer, sniffer de la cock, faire des fellations, à quinze ans. Les jeunes sont de plus en plus curieux c'est bien. J'avais une prof de français grosse et blonde, allemande, une patate qui avait un problème sexuel : elle cherchait aussi à aimer quelqu'un, un homme je précise. Elle voulait aimer. Des fois ça se voit dans la gestuelle, le comportement, le regard, ils n'ont même pas besoin de parler, parfois. Elle était comme ça. Du coup intérieurement, on la plaignait un peu : elle n'était pas moche mais presque. Avec son physique batracien. Qu'est-ce qu'elle m'a appris ? Rien. Je voulais apprendre en français, je ne voulais rien faire d'autre. J'aimais le français. J'avais des lacunes, à cause de ma colère pré-adolescente. Et puis mon esprit était tellement dans l'espace, réellement, que je ne comprenais pas les systèmes du code, du programme. Ils ont un programme. Ils ne devraient pas être surpris de voir de la violence à l'école, c'est normal, la violence va où elle est bien chez elle. Ici aussi d'ailleurs. C'est bien fait, on l'appelle. Je l'appelle, c'est bien fait. Donc en maths une année j'ai eu un pied-noir, avec moustache, style Léo Ferrer, pas la moustache, le genre à écouter George Brassens et à se sentir rebelle, surtout quand on entend Obispo dire qu'il aime le poète aujourd'hui. Bref. Il m'aimait bien, lui aussi regardait les seins naissants sous les pulls. C'est dur d'être gamine qui se prend pour une femme à l'école. Comme à l'extérieur. Ils n'arrivent pas à : prendre ce qui existe en eux et le durcir pour le vivre vraiment. Devant les autres, ils le rangent. De quelle honte s'agit-il ? Ils rangent le remue-ménage qu'ils se font dans la tête. Les hommes souvent. C'est vrai, on pourrait dire ça des femmes : qui aiment le système des hommes. Et je n'aime pas ces sweetgirls qui se laissent avoir. C'est facile. Katia se bat contre un système d'homme. Ses frères. Ils veulent vraiment qu'elle respecte Allah, des fois ils l'appellent pour l'insulter : sale lesbienne. Ils sont très secoués. Pour oser insulter et mépriser une femme. Qui est d'autant plus leur soeur. Mohammed a bien fait de mourir lui aussi, mon Dieu. Je plaisante mais ce n'est pas drôle. Je fais toutes mes excuses aux religieux. Ce n'est pas de ma faute, je souffre tellement si vous saviez. C'est pour ça que j'ai appelé Samuel et qu'on s'est revus. Bien sûr. Il a été très refroidi par mon attitude. Je lui ai montré comment j'étais capable d'être instable. Je lui ai montré : tu vois, regarde c'est moi, je suis pourrie de l'intérieure depuis une après-midi qui revient sans cesse, surtout en hiver. On est au coeur de l'hiver. Samuel voudrait qu'on discute autre part qu'au téléphone. C'était bien, j'étais contente. J'ai rêvé que j'étais sur un immeuble et que je voyais une navette s'écraser sur une ville. J'ai rêvé que mon ex-mari revenait pour me tuer. C'est un rêve qui revient sans cesse. Katia a téléphoné à Jean-Marc pour dire : je voudrais la rendre heureuse mais elle ne veut coucher qu'avec moi parce qu'elle est mal, c'est une salope. De toute façon, ce sont toutes des salopes, sans exception. Même ma voisine d'en face, madame Moutier. Alors Jean-Marc est venu me le raconter, ils ne savent pas tenir leurs langues. Ces gens-là ont une sacrée morgue à revendre. Morve aussi oui. Je voudrais dire à Katia que je fais ce que je veux d'autant plus que j'ai été claire avec elle. Je voudrais te dire : je fais ce que je veux. Je n'ai pas d'amour à t'offrir, je n'ai plus rien à t'offrir, ni même mon écoute. Ecoute, on ne va plus se lancer des SMS débiles. Je ne réponds plus. J'arrête, je te l'avais dit, tu n'avais pas besoin d'aller te plaindre chez Jean, qui n'est pas Dieu non plus. Tu le connais, ce n'est pas Monsieur Loyal, ce n'est pas écrit pur sur son front. Ce n'est vraiment vraiment vraiment pas un Dieu. Alors que le fameux soir du revirement temporaire de veste, tu m'as dit, les yeux dans les yeux : Angéline tu es une déesse. On était fébriles. Souviens-toi.




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