Oui c'est bien mon projet solo à moi tout seul. Un groupe s'est formé après, ou devrais-je dire pendant l'enregistrement. Comme un effet de domino - tu parles de ce que tu fais et on dirait que ça motive les gens, du coup cette énergie se transmet et voilà.
Non, non, le disque, c'est un truc qui pourrissait en moi depuis 10 ans et que j'avais envie de faire. J'avais envie de faire un disque, voilà. J'avais envie de me faire plaisir. Mon premier morceau tout seul, on peut l'entendre sur mon site dans la section "archives". C'était avec un deck à cassettes, et j'y joue de tous les instruments.
Oui, le groupe, c'est autre chose. Je rejoue avec Manu (bassiste) qui était à mes côtés dans Unpleasant Nature, et on a avec nous un guitariste, Ari. Les compos sont assez musclées, pleines de temps compliqués. On a déjà entre 7 et 9 titres en chantier, on compte faire un EP et faire quelques dates. Je ne mets pas d'extrait parce que c'est un travail collectif et que les autres membres n'y tiennent pas.
Carpigstroke est un pur produit technologique dans le sens où si j'avais voulu exaucer ce vœu trente ans plus tôt, je n'aurais jamais pu le faire. Pas de mini studio, un pc avec une bonne carte son et des instruments. Et beaucoup, beaucoup de temps. Je n'ai pas la chance de connaître le solfège, chose qui, sans doute m'aurait peut-être amené à partager cela avec des musiciens qui auraient pu alors interpréter la musique que j'avais dans la tête comme je l'entends. Comme je ne peux pas donner d'indication, j'étais en quelque sorte livré à moi-même. Je voulais me prouver que j'en étais capable, et voir si cela avait un sens pour moi de m'entêter à vouloir jouer de la musique.
Oui et non. C'est clair que c'est casse-gueule dans le sens où si tu n'arrives à ne vraiment rien sortir de bien, tout tombe à l'eau. La batterie, c'est mon truc. Le clavier et la guitare (et par extension la basse), je chipote. Le vrai danger, c'était le saxophone (aimablement prêté par mon cousin). Mais là encore, la technologie peut t'aider si tu sais comment l'utiliser à bon escient : je me suis enregistré en train de m'époumoner, puis j'ai écouté le tout et j'ai récolté les passages qui me semblaient les plus intéressants.
Par bien des aspects, et par la force des choses, ce disque fût un énorme travail de montage/bricolage. Je me suis donné deux semaines pour mettre ensemble toutes les pièces du puzzle. Il y a certains passages sur ce disque qui sont le résultat d'une seule prise où je m'étonne moi-même du résultat, mais ça, l'auditeur n'est pas censé le savoir. La guitare vicieuse à l'arrière plan pendant tout le titre qui s'appelle "Affect" a été jouée en une fois, par exemple.
Pour moi, c'est de la pop, un peu barrée, mais de la pop quand même. Maintenant, les gens la classent où ils veulent, ce n'est plus mon problème.À ce propos, tu es aussi disquaire de seconde-main, mais tu as d'autres activités?Je suis aussi chroniqueur dans le magazine français "Traverses" et je participe au webzine Guts of Darkness. Je fais partie intégrante aussi de l'orchestre de Ian Rzewski qui, pour le moment, a établi résidence à la maison communale de Laeken.
Beaucoup de gens m'ont fait la réflexion comme quoi je montrais sur ce disque une volonté de ne pas plaire. Je ne sais pas comment prendre la chose. C'est peut-être vrai. Il y a peut-être une pudeur malgré tout dans tout cela. Je n'ai vraiment pas réfléchi aux ambiances; j'avais déjà du matériel sur lequel j'ai retravaillé et le reste est venu tout seul. Mon seul critère était qu'il fallait que ça me plaise, que ça me titille les tympans, que cela me stimule. Mais il est incontestable qu'il y a un côté noir, obscur, sombre au disque, que je n'ai vraiment pas cherché à mettre en avant. Il faut croire que c'est en moi. Et j'avoue ne pas être quelqu'un de très optimiste, mais au même titre, je pense avoir de l'humour, et si on perçoit ce côté sombre, j'espère qu'on perçoit aussi mon côté second degré (mais c'est pas gagné).
Je ne connais pas l'échelle exacte, mais en effet, je suis distribué par Mandaï.Ça restera en tout cas pour le moment une histoire belgo-belge, mais de toute façon, je n'ai jamais eu d'intention précise ou de prétention avec ce disque.
Je fonctionne énormément aux ambiances. Et c'est vrai que là, c'est à l'auditeur de se projeter dans l'univers sonore qui se déploie devant lui; c'est lui qui va mettre en scène ce qui se passe en fonction de ses propres perceptions. Disons que le projet général, c'est moi. Un pur produit égocentrique. C'est très second degré ce que je dis, mais il y aura encore des gens pour prendre ça au pied de la lettre, tant pis pour eux. Je ne peux pas l'affirmer pour la musique; la musique se révèle ou révèle quelque chose - le sens qu'elle possède, c'est celui qu'on veut bien lui accorder. Mais les mots eux, mêmes choisis dans un contexte autre que celui de la simple écriture, ne sont pas là innocemment. Le texte sur "Suspect", beaucoup pensent que j'ai samplé ça d'un film. En fait, pas du tout. C'est mon propre texte, lu à voix haute par mon ordinateur par le biais d'un logiciel gratuit que l'on peut trouver sur le net et dont le nom est Speakonia.
C'est important de ne pas tout donner. Comme pour cette interview par exemple, j'ai bien envie de lever un coin du voile sur certains trucs, mais j'ai un peu peur de déforcer le disque en tant que tel, de rompre le semblant de magie qui l'habite si jamais il y en a. Le côté mystérieux est important. Le mystère fascine. Enfin, je parle pour moi. Y en a que ça fait chier aussi. Mais bon, les goûts et les couleurs... Tout dépend ce que l'on recherche aussi.
Un délire. Si j'étais prétentieux, je dirais un concept. En fait, avant même d'enregistrer quoi que ce soit, j'avais déjà la pochette et les titres. Je fais tout à l'envers. En même temps, je crois que les titres sont assez représentatifs de l'ambiance propre que chacun véhicule. Si le dernier titre s'appelle "Eject", ce n'est pas un hasard.
En fait, c'est une toile d'un artiste autrichien qui s'appelle Gottfried Helnwein. Cette image m'a toujours parlé. Ça me fait penser à du Francis Bacon. Mais là aussi, c'est une image qui laisse une porte ouverte à toute interprétation. La seule chose que l'on devine, c'est que le personnage a une forme humaine. Pour le reste, est-il défiguré? Brûlé? Caché par la pénombre? Une toile qui instaure un malaise. Et le plus grave, c'est que le type te fixe. On ne peut pas ne pas réagir à ce genre d'image. C'est en effet dans ce but que j'ai utilisé cette image; pour représenter le disque. Moi-même par extension. Carpigstroke, c'est un autoportrait. (Car=Auto, Pig=Porc, Stroke=Trait). Oui, je sais, je vais chercher loin, mais comme la pochette et les titres, j'avais l'intitulé de l'album bien avant que je commence à enregistrer quoi que ce soit…

L'album Carpigstroke est principalement disponible chez le disquaire United Music, 85-87 bld A. Max à Bruxelles.
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