June 1st, 2007
Cahiers d'un Anarque
Gott der Untermenschen (où l'auteur, soudainement, tombe le masque)
Publié par TheNightWatch
Rendons à César ce qui est à César, ou plutôt à Gottfried ce qui appartient à Helnwein. Eh oui, le magnifique avatar derrière lequel je cache comme un pleutre ma face veule et fallote de bloggeur anonyme n'est autre qu'un auto-portrait du délirant artiste austro-irlandais Gottfried Helnwein intutilé Night in Shangri-La I.
Helnwein in his studio

Le Maître en 2004

Vous me direz sans doute : "ton Gottfried Helnwein a l'air d'un vieux soixante-huitard désabusé et froissé". Et je vous répondrai : normal, puisque c'en est un! Il naquit en 1948 à Vienne, capitale culturelle s'il en est, ce qui faisait de lui une proie particulièrement facile, 20 ans plus tard, pour les idées progressistes, la révolution sexuelle et toutes ces insouciantes conneries au patchouli. D'autant plus que le jeune homme suivit à la fin des anneés 60 une formation à l'université d'Art Visuel de Vienne, d'où il ressortit tout de même avec un prestigieux prix. La pente était fatale : il devait devenir un artiste azimuté. Fidèle au précepte socratique d'un fameux philosophe teuton à moustaches, il devint donc ce qu'il était, ce qui est toujours plus facile à dire qu'à faire. Mais Gottfried n'était pas du genre à faire du macramé ou à peindre des grosses fleurs dégueus sur des vans Volkswagen! Non, lui son trip du moment, c'était plutôt les peintures hyper-réalistes représentant des enfants mutilés. Chacun son truc, hein...

Toile sobrement intitulée "Petite correction" (1971)

Alors bien sûr, en voyant ce genre d'oeuvre, on ne peut pas s'empêcher de penser que Herr Helnwein a sans doute passé sa vie d'adulte à engraisser toute la psychiatrie autrichienne (la vraie, quoi). Que nenni, petits naïfs que vous êtes, car celui qui s'auto-proclama Gott der Untermenschen (dieu des sous-hommes, pour nos lecteurs germanophobes primaires) a trouvé bien mieux pour atteindre la quiétude spirituelle! Depuis 1978, il fait partie de l'Eglise de Scientologie (nul n'est parfait) et a même participé activement au programme Narconon et aux "services spéciaux" de la secte... Ce qui ne l'a pas empêché, depuis une trentaine d'années, de s'épanouir artistiquement, au contact de grands noms comme William S. Burroughs ou Tomi Ungerer, admirateurs de son oeuvre. Et le sous-homme est aussi insaisissable dans son art que dans ses curieux auto-portraits, où il apparaît toujours peinturluré (nostalgie pour le body art hippie?), mutilé, bandé, masqué, grimaçant, ricanant, hurlant, bref, méconnaissable.

"Black mirror V", tiré de la série d'auto-portraits du même nom (1987)

Ses oeuvres vont du classicisme le plus pur (de grands paysages panoramiques hyper-réalistes) aux installations et performances post-modernes les plus douteuses, de la peinture à la photo en passant par la vidéo et le numérique, mais elles travaillent toujours les mêmes matériaux de base : art sacré, pop art, et culture européenne, avec adjonction d'obsessions personnelles comme la difformité, Disney ou le IIIème Reich. Aujourd'hui, après avoir vécu à Vienne, puis dans un château de Cologne aux bords du Rhin et à Los Angeles, Gottfried le pince-sans-rire coule des jours heureux de citoyen irlandais dans son château de Kilsheelan avec sa femme Renate et leurs quatre enfants (dont Wolfgang Amadeus Helnwein, si si juré). Accessoirement, ils sont tous artistes, et plus accessoirement encore, je referais bien la carrosserie de sa fille Mercedes! (excusez-moi, j'ai un faible pour les rouquines et les jeux de mots)

Dans la famille Helnwein, je demande la fille. Je demande sa main, même.

Désormais, le châtelain organise de petites sauteries du plus grand chic, comme notamment en décembre 2005 lorsqu'il fit procédér en ses modestes pénates à l'union de son ami Marilyn Manson avec la srip-teaseuse Dita von Teese, sous l'oeil électrique d'Alejandro Jodorowsky et en compagnie de gens tout aussi siphonnés, comme l'ineffable David Lynch. Eh oui, il est comme ça, Gottfried, il a plein d'amis connus, comme Sean Penn et Arnold Schwartznegger (solidarité autrichienne?), acquéreurs réguliers de ses oeuvres! Bon, c'était ma minute Stéphane Bern, pardonnez-moi, j'ai pas pu m'en empêcher. Bref, pour conclure, on peut dire que s'il a quelques défauts, Herr Helnwein n'en est pas moins un putain de bon artiste n'usurpant pas pour un sou son statut de rock 'n' roll star! Comme le dit Robert Crumb himself : "Helnwein is a very fine artist and one sick motherfucker." Jugez par vous-même.

Self-portrait (1984)Night IV - Man Without a Face (1991)Expulsion from Paradise (1985)Dark Hour (2003)Kiss of Judas II (1985)Night in Shangri-La II (1987)Temptation (1985)Madonna I (1996)Epiphany I - Adoration of the Magi (2003)

Evidemment, toutes ces images sont la propriété intellectuelle de leur auteur, copyright reserved, etc. Si vous voulez tout voir et savoir du Maître, une seul adresse, exhaustive au possible : http://www.helnwein.com/

Publié par TheNightWatch à 18:58:00

commentaires:

Atlantis a dit….Les photos de ce type me fascinent de plus en plus.13 avril 2007 00:23.Enregistrer un commentaireMessage plus récent Message plus ancien Page d'accueilInscription à : Publier les commentaires (Atom)Identité de l'AnarqueMa photo.TheNightWatchComme tout le monde, je cherche la Vérité partout, mais ne trouve jamais que plus de doutes. Signe particulier : néant. "Personne ne sait mon nom, et personne ne connaît ce refuge." E.J.

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